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Dédé
Avec l'aimable participation de Dédé, ovin sorti du troupeau
Philo
Quelques mots de spiritualité


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Mes mots commencent par ce point.

Ça commence même avant le point.

Là où il n’y a rien.

Enfin… là où il n’y a rien d’écrit.

Là où rien n’est dit.

Tout commence par l’indicible.

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Certains l’appellent Dieu.

D’autres lui donnent un autre nom.

L’appeler, le nommer, c’est déjà l’objectiver, c’est déjà le dire.

C’est déjà être à côté de l’indicible.

C’est pourquoi je ne crois pas en Dieu.

Plutôt que de croire une Parole, je préfère tendre mes silences vers l’indicible.

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La Parole dit.

Dire, c’est exprimer.

C’est communiquer.

C’est exprimer une pensée structurée.

C’est utiliser un langage structuré.

C’est s’adresser à quelqu’un qui comprend ce langage.

La parole est toujours subjective.

Elle part de quelqu’un et s’adresse à quelqu’un.

Et parleur et auditeur peuvent être la même personne.

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La parole dit la pensée.

La pensée précède la parole.

La pensée ignore les mots.

La pensée structure le perçu.

Notre perçu provient de l’extérieur par nos sens, et de l’intérieur par notre ressenti.

Notre ressenti provient de notre propre nature animale et humaine.

Notre nature fut structurée par la longue évolution vivante dont nous sommes issus.

Cette évolution fut entièrement conditionnée à la nature du monde
et à ses contingences.

Notre ressenti provient de l’extérieur issu d’un passé plus ou moins lointain.

Notre perçu est issu d’un extérieur, lui-même issu de la longue évolution du monde.

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Le monde précède le perçu, qui précède la pensée, qui précède la parole.

C’est l’ordre logique de la conscience humaine.

Cet ordre est un pan de notre logique vivante, de notre logique naturelle.

C’est un sens de circulation, comme a le sien la sève de l’arbre.

Cette circulation induit notre cheminement intérieur, et conditionne notre harmonie.

Cette circulation est complexe, elle peut être pervertie.

Elle peut être entravée par des bouclages.

Le ressenti qui se ressent lui-même constitue un bouclage.

La pensée qui se pense par elle-même constitue un bouclage.

La parole qui s’écoute parler constitue un bouclage.

Ces entraves à la circulation d’ensemble brisent la cohésion, déstructurent, divisent.

La division : le Diable apparait ici par son étymologie.

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L’image que nous avons du monde physique et spirituel est subjective.

Elle rend compte de la nature du monde à travers la nature de l’homme.

Biologique, elle intègre nos perceptions brutes.

Émotionnelle, elle intègre nos ressentis sociaux, esthétiques et mystiques.

Intellectuelle, elle analyse et décompose le monde en entités signifiantes.

Elle résulte d’un cheminement.

Pervertie, elle intègre ce qui freine ce cheminement.

Harmonieuse, elle se renouvelle et se répare sans cesse
pour parfaire sa propre cohérence.

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L’approche de la connaissance du monde passe par un chemin,
nous sommes ce chemin.

Elle passe par la connaissance de nous-mêmes.

Elle passe par le vécu de nous-mêmes.

Elle passe par l’éventail continu de ce que nous sommes.

L'approche du transcendant passe par toutes les profondeurs de notre être.

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Connaitre l’altérité pour mieux nous connaitre.

Connaitre les autres hommes pour savoir qui nous sommes.

Connaitre nos cousinages au sein de la Nature.

Être un peu l'animal, la plante, le ruisseau, le caillou.

Éprouver cette empathie qui nous relie vraiment.

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Nous sommes tout ce que nous fûmes dans le passé.

Humain, primate, mammifère, reptile, poisson…

Jusqu’aux cellules vivantes primordiales.

Jusqu’à la chimie organique qui les a précédées.

Jusqu’à la matière qui l’a constituée.

C’est à travers tout cela que nous prenons conscience du monde.

Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, mais tel que notre nature nous le présente.

L’approche de la connaissance du monde passe par la conscience
de notre propre conscience.

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Approcher Dieu, c’est prendre le chemin de notre nature à travers la Nature.

S’en affranchir en jetant un pont par dessus est simpliste,
même si ce pont est jeté vers la lumière.

Rien ne nous exonère du cheminement.

Pas même la lumière divine.

Surtout pas la lumière divine.

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Tout part du monde, de l’univers.

Nous faisons partie du monde.

Nous participons à sa dynamique physique et spirituelle.

Nous sommes conscients de notre participation, et appréhendons cette dynamique.

Nous sommes conscients d’être une des contingences du monde, une création.

D’où la belle expression imagée de « mère Nature ».

Mère Nature, c’est d’abord cette Terre fragile qui nous fit naître et nous abrite.

C’est ensuite le Soleil, sans lequel nous n’aurions pas l’énergie d’exister.

Puis nous découvrons que Terre et Soleil sont eux-mêmes nés d’un monde plus vaste.

Nous ressentons avec émotion cette filiation cosmique.

Et nous cheminons ainsi à la recherche du principe premier.

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D’où vient que nous ressentons ?

D’où vient cette sensation de ce que nous percevons et éprouvons ?

D’où vient notre conscience d’une couleur, d’un sentiment, d’une douleur ?

Qu’est-ce que la conscience ? Existe-t-il une conscience universelle ?

Comment s’inscrit-elle dans le monde ? Le précède-t-elle ? La précède-t-il ?

Monde et conscience ont-ils une interaction mutuelle ?

Ces questions sont au cœur de la Mystique.

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Nous avons conscience du monde, mais le monde précède notre conscience.

Il est.

C’est la Réalité, absolue, indicible.

Celle qui englobe tout, y compris notre propre conscience.

Celle qui nous échappera toujours dans son entier.

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Par sa cohérence, une parole exprime une vérité.

La vérité n’est pas absolue.

Elle est propre à un discours.

Plus le discours comprend d’éléments cohérents, plus elle se renforce.

Plus le discours comprend d’éléments contradictoires, plus elle s’affaiblit.

Des discours différents expriment une vérité différente.

Si les discours n’interfèrent pas, ces vérités sont compatibles.

C’est le cas (pour l’instant) de la science et de la foi.

La science dit le comment, la foi dit le pourquoi.

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Un discours est plus ou moins fermé sur lui-même.

Il est ouvert s’il intègre les faits observés
et tend à lever les contradictions qu’ils pourraient induire.

Il est fermé s’il projette une représentation préétablie sur les faits observés.

Les vérités réfutables ouvrent le discours.

Les vérités révélées ferment le discours.

Tout discours est dans l’entre-deux : en partie ouvert, en partie fermé.

Car au départ il y a forcément des faits observés, du perçu.

Et ensuite il y a forcément une culture, des représentations héritées.

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La vérité absolue est idéale, inaccessible.

Mais on peut s’y diriger en cheminant bien.

Certains d’entre nous observent étonnés les contingences de la Réalité.

D’autres tournent en rond dans des discours fermés.

Il en va ainsi pour la science et la religion.

Certains d’entre nous vont aux sources, d’autres vont au dogme.

Le discours peut se fermer pour des raisons dogmatiques, mais aussi politiques.

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La science est un discours basé sur l’observation du monde.

Elle observe, et relie logiquement les faits observés.

Elle rend compte des contingences
par des principes aussi simples et peu nombreux que possible.

Mais elle a parfois du mal à remettre en question ses acquis,
lorsque ceux-ci sont bousculés par l’observation de faits insolites
ou par une hypothèse hardie,
ou même lorsqu’une nouvelle théorie propose une représentation plus cohérente.

Lorsque les principes établis résistent à la nouveauté
des observations et des hypothèses,
ce n’est plus la science.

La science c’est le doute, la remise en question permanente.

La science c’est la quête permanente de la vérité dans son discours sur la Nature,

une vérité perpétuellement refondée sur les faits observés.

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La spiritualité est une quête mystique permanente.

Elle est vivante tant qu’elle se renouvelle dans sa façon de dire l’essentiel.

La religion s’appuie sur la spiritualité.

Elle a un discours fermé sur une mythologie scellée.

Elle transmet une culture provenant d’anciennes élaborations spirituelles.

Par orgueil elle fait parfois du passé table rase,
et ne voit alors avant elle que des hommes sans lumière et sans humanité.

Elle est basée sur la foi.

La croyance précède l’explication.

L’explication étaie la croyance.

Mais le discours peut s’assouplir, s’affiner
sous l’influence des philosophies et des sciences.

La science est très utile à la religion pour éviter l’écueil du raccourci.

Elle l’aide à ne pas prendre les textes au pied de la lettre.

Elle l’aide à mieux interpréter les tournures des langues anciennes.

Elle l’aide à dépasser l’allégorie pour saisir le principe sous-jacent.

Plus qu’une vérité, le discours religieux exprime des valeurs et des symboles.

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La religion est l’emballage politique de la spiritualité.

Issue d’une culture et de son système de valeurs,
elle fédère les hommes
autour d’un même mythe, d’une même croyance, des mêmes pratiques.

Formelle ou informelle, elle est le socle de l’organisation politique.

Les guerres de religion sont des guerres politiques.

Les schismes religieux sont des fractures politiques.

Les syncrétismes religieux sont des absorptions politiques.

En principe, la religion d’un peuple lui permet d’exprimer
sa propre spiritualité, selon sa propre culture.

Ce n’est pas toujours le cas,
car la religion provient souvent d’anciennes emprises.

La religion s’établit souvent
après le passage des armes, la conquête, la soumission des peuples.

C’est là souvent son péché originel.

Religion et organisation politique doivent être l’expression communautaire du peuple.

La religion devrait respecter le cheminement spirituel propre au peuple.

Elle devrait être fondée sur cet immémorial cheminement, et l’exprimer.

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Dieu est au delà de celui
que l’on nomme, que l’on tutoie, que l’on implore, que l’on remercie.

Dieu est au delà de celui
qui nous aime, qui nous gronde, qui nous récompense, qui nous punit.

Ce Dieu infantilisant, inventé par les hommes, je n’y crois pas.

Certains confondent Dieu et l’approche de Dieu.

Car pour parler de Dieu il faut bien que nous ayons un mot.

Pour approcher Dieu il faut bien que nous adoptions un comportement.

Pour appréhender Dieu il faut bien que nous lui conférions un comportement.

Amulette, totem, seigneur idéalisé, incarnation divine,
mythe, texte sacré, prophète intercesseur…

Pour ressentir Dieu nous manipulons
des objets, des formes, des discours, des concepts.

Esprit d’une statuette, sentiments d’un Seigneur Dieu,
le véhicule mystique diffère selon la culture.

Il appréhende le divin par son expression tangible pour l’homme.

Il laisse deviner l’esprit derrière la statuette ou le texte sacré, Dieu derrière le Seigneur.

Il s’inscrit dans la condition humaine.

Nul n’échappe à la représentation de Dieu.

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Nous sommes des êtres vivants.

En tant que tels, nous sommes faits pour vivre dans un environnement.

L’environnement, c’est l’altérité, l’autre.

L’autre individu, l’autre sexe, l’autre groupe, l’autre animal, l’autre nature…

L’environnement qui nous englobe est celui qui nous a fait.

Il nous rassure car il ne dépend pas de nous.

Il nous tient à cœur car nous y sommes affiliés.

Nous avons besoin de cette transcendance.

C’est elle que nous cherchons à travers la spiritualité.

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Les mystiques voient le passé et le futur.

ils restituent ce perçu de façon émotionnelle, non analytique.

Ce qu’ils voient fait souvent peur.

Peur de la Nature, peur des hommes.

Dès lors il est deux attitudes : essayer de comprendre ou conjurer la peur.

Conjurer la peur du passé avec des héros mythiques.

Conjurer la peur du présent avec des rêves de conquêtes.

Conjurer la peur du futur avec une terre promise et la promesse du paradis.

Conjurer la peur en appelant à la destruction du mal.

Ou essayer de comprendre.

Comprendre le monde, sa logique, sa cohérence, son harmonie.

Comprendre ce qui nous lie au monde, ce qui nous affilie au monde,
ce qui nous intègre au monde.

Dissoudre la peur en comprenant que nous sommes du monde.

Car avoir peur du monde, c’est avoir peur de soi.

Comprendre, c’est se situer dans la Nature et ne plus en avoir peur.

Comprendre, c’est se situer dans la Vie et ne plus déplorer d’être mortel.

Comprendre permet de déplier correctement l'origami du mal.

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La spiritualité est un cheminement.

Ses chemins sont propres aux paysages qu’ils traversent.

Chaque peuple a ses paysages, sa culture, son histoire.

Chaque peuple parcourt ses propres chemins.

Et chacun d’eux peut s’enrichir en voyageant sur ceux des autres.

Il est mille façons d’aller vers l’essentiel.

Il est mille façons de redire l’essentiel.

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À chacun d’approcher l’inaccessible Vérité.

À chacun d’approcher l’indicible Réalité.

À chacun de remonter à la source.

Des actes aux mots.

Des mots au sens.

Du sens à la conscience.

De la conscience aux perceptions.

De la parole aux silences.

Silences tendus vers l’indicible.

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Annexes



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