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Dédé
Avec l'aimable participation de Dédé, ovin sorti du troupeau
Philo
La rhéodémocratie,
une démocratie d’échantillon et de circulation


Nous allons aborder ici une nouvelle originalité de notre organisation politique, peut-être la plus grande, peut-être la plus fondamentale, et sans doute la plus déconcertante, tout au moins en regard de nos « démocraties » actuelles.

Nous avons vu pourquoi le suffrage universel est une fausse bonne idée démocratique, nous n’y reviendrons pas. Plutôt que de demander à tout le monde de voter de temps en temps un peu au hasard, nous allons demander à une petite partie de la population, prise au hasard, de se consacrer plus qu’à l’ordinaire à la chose politique. Plutôt que nous ayons des représentants élus (qui une fois élus feront tout ce qu’ils voudront), c’est un échantillon de la population qui se chargera directement de la politique du territoire.

Concrètement, un échantillon de la population est tiré au sort et constitue une assemblée locale d'une centaine de membres. Cette assemblée est dotée d’une démocratie interne qui organise les pouvoirs et leur séparation. L’assemblée est politiquement souveraine.

La population dispose néanmoins de prérogatives de démocratie directe : droit de révocation, votation populaire (cf. annexe). De plus, l’intelligence répartie du système permet un bon interfaçage entre la population et la structure politique : avant même de recourir aux procédures formelles de démocratie directe, le citoyen pourra trouver un interlocuteur politique local (donc accessible) pour organiser des discussions, proposer des projets, formuler des remarques, des suggestions, des critiques, des doléances…

Ainsi, la légitimité du politique vis-à-vis du peuple n’est plus ici conférée par l’élection, mais par la providence. Curieux n’est-ce pas, pour une démocratie ? Et pourtant, le tirage au sort était déjà utilisé dans l’Antiquité par la démocratie athénienne pour désigner les magistrats (ce principe était appliqué parmi d’autres afin d’éviter les dérives tyranniques). Cher ami, l’idée doit tout de même te surprendre. Mais tu verras que ce principe présente beaucoup d’avantages.

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La providence leur pose une couronne sur la tête,
comme lors du sacre des rois

Par définition, le hasard échappe à la maitrise de l’homme. La providence introduit donc dans cette démocratie une certaine sacralité : certains citoyens se trouvent subitement investis des questions politiques locales. La providence met inopinément sur leurs épaules, pour quelques années, une charge de responsabilité publique. Ce faisant, la providence leur pose une couronne sur la tête, comme lors du sacre des rois.

Au lieu d’être constituée de séducteurs élus, notre assemblée se dote de simples citoyens lambda. Ce ne sont ni des politiciens ni des spécialistes politiques, mais simplement des citoyens que la chose politique intéresse. La participation politique d’un citoyen n’est donc plus nécessairement liée à son appartenance à un mouvement politique, à des arrière-pensées de carrière. Potentiellement, nous sommes déjà dans un système qui privilégie la politique au détriment de la politique politicienne. C’est un beau début, non ?

Certains me diront « Confier la noble responsabilité du politique au citoyen de base, surtout quand il n’a rien demandé, est-ce bien raisonnable ? L’action politique ne s’improvise pas, à chacun son métier !… ». D’autres iront jusqu’à dire « Confier la destinée collective à une assemblée qui contiendra nécessairement son lot d’imbéciles et d’irresponsables, c’est suicidaire !... ».

Remarquons tout d’abord que nos « démocraties » actuelles comportent déjà leur lot d’incultes cyniques, d’imbéciles éduqués et d’idiots utiles parmi les électeurs, les politiques et les journalistes. Remarquons ensuite que si le peuple n’est pas digne de confiance, il ne faut pas être démocrate. Mais plus sérieusement, notons que le principe de confier une fonction importante à des personnes tirées au sort existe déjà depuis longtemps en France : voyez les jurys d’assise. Il leur est confié le soin d’établir la culpabilité dans les affaires criminelles, ce qui n’est pas rien ! Autrefois, ils décidaient même de la peine de mort. De l’avis général, tant des jurés eux-mêmes que des magistrats, cette responsabilité est toujours prise très au sérieux et ne laisse jamais le citoyen indifférent. De l’avis général, ce système de jurys d’assises fonctionne très bien.

On peut donc s’attendre à ce qu’il en soit de même pour une petite assemblée politique tirée au sort parmi la population. Sur une centaine de personnes, nous n’aurons probablement pas une centaine d’imbéciles (ce serait désespérant). Nous aurons un échantillon réduit de la population, avec des gens intelligents, des imbéciles, des mégalomanes, des timorés, des cultivés, des incultes… Mais cet échantillon comprendra statistiquement de nombreuses personnes ayant la tête sur les épaules, des gens de bon sens, tout simplement. Et tous ressentiront la noblesse de la charge que la providence aura mise inopinément sur leurs épaules. Tout ce petit monde apprendra à se connaitre, et la démocratie interne se chargera de réguler leurs rapports. L’intelligence politique dépend plus du système que des individus.

De plus, les citoyens de cette assemblée seront issus de tous les milieux. La représentation populaire n’est donc pas accaparée par telle ou telle catégorie sociale (c’est loin d’être le cas dans nos « démocraties » classiques). Finis les quotas (parité hommes / femmes…), la discrimination raciale (positive ou négative), les questions de proportionnelle politique (entre gauche, droite, extrême gauche, extrême droite et extrême centre…) : tout cela est mécaniquement respecté par les lois statistiques du hasard.

Les personnes désignées par la providence intègrent une assemblée locale, qui correspond au plus petit échelon territorial. À ce niveau, les décisions à prendre sont assez concrètes et ne nécessitent pas de connaissances très spécifiques. Un renouvellement partiel périodique de l’assemblée permet à chaque nouveau membre de s’acculturer auprès des plus anciens et de se familiariser peu à peu avec le processus démocratique interne et avec les lois.

C’est d’ailleurs le principal investissement intellectuel des membres de l’assemblée : ils passent le plus clair de leur temps à s’imprégner du processus démocratique, et ce n’est qu’occasionnellement qu’ils ont à prendre une décision concrète, décider d’une nouvelle loi, décider d’une action politique précise. C’est tout l’intérêt d’une intelligence politique répartie : chaque acteur a peu à faire, et peut donc consacrer du temps à bien comprendre – et donc bien maitriser – les fondamentaux de la démocratie. D’ailleurs, une bonne loi est une loi sobre, simple. Elle s’appuie sur des principes simples et nécessite très peu d’adaptations ultérieures. L’origine non spécialisée des citoyens de l’assemblée rend plus nécessaire encore le respect de cet esprit des lois.

Enfin, l’assemblée sélectionne, parmi ses membres, ceux qui sont pressentis comme les plus aptes à exercer des fonctions actives ou législatives. Les membres les mieux pressentis peuvent grimper dans la hiérarchie territoriale (assemblées dites « confédérales ») et accumuler de l’expérience. La hiérarchie politique est le siège d’un mouvement ascensionnel incontournable et permanent, assez lent pour que l’expérience des responsables politiques ait le temps de se faire, assez rapide pour que ces responsables soient pris dans une dynamique motivante, et assez courte pour leur éviter le trop confortable sentiment d’intégrer une caste.

Ainsi, plus on monte dans les niveaux de territoires, plus les membres des assemblées politiques ont été triés par leurs pairs, et plus ils sont expérimentés. On peut donc espérer que ceux qui détiennent le destin des nations et des grandes confédérations sont particulièrement valeureux.

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L'ascenseur politique en rhéodémocratie

Cette démocratie d’échantillon, étagée du local au global, portée par une classe politique populaire en renouvellement permanent, c’est la rhéodémocratie, une démocratie par la circulation.

Annexes



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