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Dédé
Avec l'aimable participation de Dédé, ovin sorti du troupeau
Philo
Les grands médias


À la grande époque de la « grand-messe du vingt heures », jamais la parole publique n’avait disposé d’un canal aussi étroit, réduit à quelques chaines de télévision et de radio. La presse écrite existait, mais une bonne visibilité médiatique passait obligatoirement par la télé et la radio. Aucun homme politique, aucun artiste connu ne pouvait s’y soustraire.

Normalement, conformément au principe de démocratie, les médias auraient dû être le relai neutre et équilibré de la diversité d’opinion du pays. Mais là aussi, c’est sans compter sur la dure loi de la nature humaine : lorsque des chemins ne peuvent éviter un passage obligé, certains ont rapidement l’idée de s’en emparer, d’y ériger une citadelle et exercer leur contrôle, donc leur pouvoir. Or avant l’explosion d’internet, les médias audiovisuels détenaient et contrôlaient l’essentiel de l’expression publique.

Et de fait, dans tout l’Occident, ces médias furent investis. Dès lors ils ne portèrent plus la parole du pays mais imposèrent leur propre parole, afin de servir une idéologie et des intérêts – et selon des techniques de propagande et de désinformation – qu’il incombera aux historiens d’analyser. La presse écrite se mit au diapason. Chaque peuple fut ainsi privé de la confrontation naturelle des visions et des idées qui seule lui permet de faire des choix libres et éclairés, de comprendre les enjeux, de discuter de la voie à suivre, de détecter et corriger les dérives du pays et celles de ses élites. La liberté de réfuter fut interdite, donc interdite la recherche de la vérité. Le couvre-feu fut instauré sur les Lumières et sur l’histoire. Les artistes et les politiques furent contraints de normaliser leur expression car les médias décidaient de leur exposition et de leur réputation. Les hétérodoxes furent marginalisés et écartés, on ne les entendit plus. Ne restèrent visibles que les orthodoxes au discours formaté.

La professionnalisation de la classe politique facilita sa mise sous tutelle : leur carrière dépendant directement de leur image publique, les personnalités politiques se conformèrent au prisme médiatique, et furent ainsi assujetties. De fait, censeurs de l’expression publique, les médias supplantèrent la classe politique dans l’échelle des vrais pouvoirs. Quant aux artistes, créateurs d’émotion et très vulnérables à la manipulation par l’émotionnel, les médias en firent de puissants agents de leur discours, car l’arme de l’émotionnel est plus puissante que celle de la raison. Tous les domaines populaires furent touchés, de la chanson au cinéma. Il en fut ainsi jusqu’aux œuvres de connaissance et de culture, dont l’exposition médiatique conditionne également le succès commercial.

Il aura fallu l’avènement récent de l’internet grand public, au tout début du nouveau siècle, pour que l’on commence à contourner les citadelles médiatiques. L’histoire dissèquera celles-ci lorsqu’elles seront tombées, et révèlera leur mécanisme. Mais pour l’heure la classe politique ne s’en est pas relevée, décrédibilisée aux yeux du peuple qui sent bien que le vrai pouvoir est ailleurs, qu’il n’a rien de démocratique, et que les politiques sont au service des lobbies plutôt que de la représentation populaire. En effet, la situation politique et sociale actuelle ne provient ni d’une élaboration issue de l’opinion, ni de la volonté du peuple. Elle prend sa source dans la dynamique médiatique de ces dernières décennies, une dynamique impulsée par de puissants lobbies. Le peuple pressent cela. Il ne croit plus en les politiques et se défie des médias. Ces implacables juges et maîtres de la pensée opèrent maintenant un discret et prudent repli, mais vient le temps où ils seront à leur tour jugés par le peuple, qu’ils méprisent jusqu’à en nier l’existence.

Lorsqu’une telle emprise s’exerce sur un ensemble de peuples, on peut parler d’impérialisme. Qui dit impérialisme dit colonisation : les médias occidentaux sont donc au service d’une entreprise de colonisation. Qui dit colonisation dit peuples colonisés : on nous brandit la « liberté de la presse » comme garante de la démocratie, afin de mieux conforter la toute puissance de la presse dont les ressorts internes n’ont rien de démocratique. La presse occidentale est au service d’un impérialisme, et les rapports de la presse au peuple sont ceux du colonisateur au colonisé.

Pour prétendre vivre en démocratie, il ne suffit donc pas que le fonctionnement du système politique soit formellement démocratique. Encore faut-il que les grandes fonctions civiles telles que la diffusion de l’opinion, l’éducation ou l’activité économique soient elles-mêmes régies par une démocratie interne compatible avec la libre circulation des idées, afin qu’aucun des secteurs clés de la société ne soit sous emprise. Nous avons donc à refonder profondément la démocratie. Pour cela, il nous faut revenir à ses fondamentaux.

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