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Dédé
Avec l'aimable participation de Dédé, ovin sorti du troupeau
Philo
Refondons l’exercice du pouvoir


La conception d’un système démocratique est délicate, car le peuple ne peut exercer directement le pouvoir. Celui-ci est nécessairement confié à des personnes chargées d’agir en son nom. Or comment s’assurer de leur réelle représentativité ? Celle-ci ne se décrète pas. Pour la rendre effective, il faut l’appuyer sur un ensemble de principes.

Tout d’abord nous voulons en finir avec les idéologies de masse, et avec cette fausse idée que le peuple maitrise son destin en élisant des représentants lointains qu’il connait mal. Loin des yeux, loin du cœur : les systèmes politiques qui règnent sur d’immenses masses tournent vite à la machinerie bureaucratique sans âme. Il leur sera préféré un étagement territorial (du local au global) d’assemblées peu nombreuses dotées d’une démocratie interne. A l’intérieur de ces assemblées, chaque électeur connait bien chaque candidat. Pour rester démocratique et ne pas s’apparenter à un pouvoir de caste, cet étagement doit absolument fonctionner par ascenseur politique continu.

En terme de délégation de pouvoirs, la démocratie n’est réelle que s’il s’agit d’une démocratie de proximité : une communauté qui se désigne un responsable doit être suffisamment peu nombreuse et proche des candidats pour que tous se connaissent bien, et qu’ainsi chacun fasse un choix éclairé.

Dans notre inconscient collectif, le suffrage universel est le symbole suprême de la démocratie. Dans les faits, nous avons vu qu’il génère des effets pervers en sélectionnant les meilleurs démagogues plutôt que les porteurs sincères d’une vision politique pour le peuple. Il porte donc au pouvoir des ambitieux risquant fort d’être redevables d’intérêts qui ne sont pas ceux du peuple . Il nous faut donc revenir sur sa fausse évidence.

Un des exemples les plus criants de dysfonctionnement politique dû à la démagogie induite par le suffrage universel est l’accumulation de la dette publique par les Gouvernements successifs depuis des décennies : la rigueur budgétaire n’est pas un argument vendeur lors d’une campagne électorale. Pour être élu il faut faire rêver, et une fois élu il est si facile de financer le rêve par l’emprunt, et de se défausser sur les générations futures.

Toute hiérarchie importante doit être démocratique. Ceci est valable pour l’organisation politique, mais aussi pour le secteur civil (entreprises, médias, associations, syndics, coopératives, syndicats…), et d’une manière générale tout groupe formel conséquent de citoyens géré par une direction (laquelle conserve cependant la maîtrise de ses objectifs). Dès que l’organisation humaine dépasse le stade de la microstructure, l’arbitraire humain doit être évité autant que possible par la formalisation d’un cadre de l’action établi collégialement et décidé par un vote à caractère démocratique. Celui-ci suppose impérativement le respect des règles suivantes :

• Tout vote est effectué à bulletin secret (cela évite les pressions sur les électeurs, mais aussi le suivisme qui consiste à voter « comme tout le monde » pour rester discret et ne pas « se faire mal voir ») ;
• Le vote est nominatif, il ne peut être délégué (cela évite les votes collectifs) ;
• Le dépouillement ne peut commencer que lorsque le scrutin est clos (à moins que le dépouillement soit effectué en aveugle, par informatique). Cela évite que les derniers votants puissent être influencés par la connaissance des premiers résultats, soit directement, soit indirectement par la circulation de rumeurs spontanées ou intentionnellement propagées).

Ces dispositions permettent également d’éviter l’ingérence des groupes de pression (partis et lobbies). On verra plus loin que le vote secret des personnes politiques ne pose pas de problème de représentativité.

La nomination directe d’un responsable politique par un autre doit être évitée : tout responsable politique doit être élu (un responsable de l’Exécutif peut choisir certains membres de son équipe exécutive, mais s’expose au véto).

Les démocraties actuelles sont également perverties par la logique de blocs des partis politiques. Certes, les partis sont utiles pour présenter différentes visions politiques globales. Mais leur affrontement pour le pouvoir ne favorise pas une culture de concertation. Avant l’élection, la tentation démagogique est grande pour le parti lorsqu’il établit ses arguments de campagne. Les options proposées ne sont pas toujours très objectives : il s’agit moins de s’engager que de séduire, il s’agit moins de contribuer que de contrer un autre camp. Une fois l’élection remportée, le camp vainqueur du moment oublie son discours de séduction, impose sa vision partiale, et n’a de cesse que de briser la cohérence de ce que le camp d’en face a pu faire précédemment. Inversement, les vaincus du moment n’ont de cesse que de saper l’action des vainqueurs, en prévision des prochaines échéances électorales. Actuellement, l’affrontement des blocs politiques rappelle celui des grandes seigneuries du moyen-âge qui se livraient à leurs guerres de familles. Comme en ces temps lointains on se lance dans des « campagnes », on veut « battre » la droite, infliger une « défaite » à la gauche, défendre ses « fiefs »… Les vainqueurs imposent ensuite leur loi sans plus se préoccuper du peuple. Ça se passe encore comme ça au royaume de France… On l’aura compris, la place des partis politiques dans le système démocratique doit être repensée.

Les assemblées politiques ne sont réellement démocratiques que si, à chaque décision, les votes sont à la fois nombreux et indépendants. Lorsque les votes sont soumis à des mots d’ordre émanant de groupes politiques, le vote n’est plus vraiment individuel et l’expression réelle se limite à celle de ces quelques blocs. La démocratie s’en trouve appauvrie, pervertie. En conséquence, une séparation du pouvoir et des partis est indispensable au respect de la démocratie d’assemblées : en plus d’être secret, le vote est strictement individuel et ne peut être délégué. Aucun groupe politique ne peut engager sur son vote la parole d’un membre de l’assemblée (un parlementaire dans les systèmes actuels). Les partis participent à la vie politique en faisant la promotion de leur point de vue, mais c’est en emportant l’adhésion intime des membres de l’assemblée que leurs idées doivent se traduire dans les urnes.

Annexes



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