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Dédé
Avec l'aimable participation de Dédé, ovin sorti du troupeau
Philo
L’empire moderne


Arrivée au bout de sa logique, la longue marche impériale a donc peu à peu transformé les peuples en masses, et stérilisé l’idée même de démocratie. Mais la longue page historique des empires est en passe d’être tournée, et le temps est venu de repenser l’unicité et la cohésion de l’humanité. Le concept d’un monde entièrement aux mains d’une classe mondiale (fût-elle « éclairée ») est désormais dépassé et désuet. L’avenir politique de l’humanité est à la diversité horizontale (un monde multipolaire) et verticale (une cohésion de souverainetés locales).

Pour l’heure, l’empire moderne n’a pas d’empereur et exerce son emprise de façon discrète. L’idéologie impérialiste se manifeste cependant par certains signes identifiables. C’est le cas chaque fois qu’est présentée comme naturelle une démarche externe au peuple, ou souhaitable un effacement de sa souveraineté politique et territoriale : recourir massivement à des investisseurs étrangers plutôt que d’encourager l’entreprenariat local, recourir massivement à une main d’œuvre externe bon marché ou déjà formée plutôt que de favoriser la formation et l’emploi sur place, ne pas tabler sur une dynamique interne pour le renouvellement des générations, transférer massivement les souverainetés à des échelles extranationales, faire passer certaines préoccupations supranationales avant les intérêts du pays, instaurer la précarité et assujettir par les aides… Les exemples abondent de dispositions sournoises visant à priver les peuples de leur propre dynamique, et à les déposséder de leur capacité d’initiative et de maitrise de leur destin.

Un autre signe important d’impérialisme est l’argument de « la paix ». Une fois les peuples conquis par tous les moyens de guerre envisageables (psychologique, culturelle, médiatique, religieuse, diplomatique, économique, militaire…), l’empire ainsi constitué décourage toute velléité de reconquête d’autonomie en évoquant les guerres précoloniales incessantes et la paix qu’assure le nouvel ordre. Rappelons simplement que la « pax romana » est la paix des soumis, qui n’a rien à voir avec la concorde entre les peuples. L’esprit de paix n’est d’ailleurs préconisé qu’à l’intérieur de l’empire (et avec les alliés). Car à l’extérieur, l’empire doit mener des guerres dites « justes ».

Plus largement, les nobles sentiments sont souvent instrumentalisés pour soumettre les peuples. On peut évoquer « l’amour de son prochain » pour promouvoir une élévation spirituelle. Mais on peut aussi brandir cette vertu pour culpabiliser une jeune fille et la forcer à accepter un mariage arrangé. L’utilisation détournée des plus nobles sentiments humains est diabolique : l’emprise par la culpabilisation au nom de règles morales est très puissante et permet de soumettre (voire de violer) impunément une victime en la contraignant au silence, qu’il s’agisse d’une personne physique ou d’un peuple.

Cette technique de culpabilisation, typique du processus colonial, est également employée pour dénigrer le passé historique des peuples soumis afin de les couper plus facilement de leurs racines. Ce type de manipulation est reconnaissable à la dissymétrie de son application : lorsqu’un vice est reproché de façon générique à tous les peuples concernés, c’est bien le vice qui est attaqué. Mais lorsque le même vice n’est reproché qu’à certains d’entre eux, ce sont les peuples visés que l’on attaque, et non le vice.

À cet égard les européens sont servis : racisme, xénophobie, homophobie, discrimination sexuelle, esclavage, colonisation, génocide... Le matraquage médiatique est sans relâche depuis des décennies.

Pour reprendre l’exemple du mariage arrangé, la vertu d’« aimer son prochain » devrait normalement s’appliquer symétriquement, la jeune fille devant également être aimée de son prochain et donc respectée dans ses sentiments intimes. L’« amour du prochain » à sens unique trahit la manipulation.

L’empire moderne, c’est l’uniformisation à marche forcée. Un unique empereur règne sur les masses (c’est aujourd’hui une « personne morale » invisible). Aux plans politique et religieux, un unique berger garde l’immense troupeau. L’homme est cheptel. Souvent bien soigné, bien nourri, bien « éclairé » (éduqué, voire rééduqué). Mais la condition de cheptel est-elle compatible avec la dignité humaine ? Non, car un homme bien traité ne fait pas forcément un homme digne : encore faut-il qu’il soit un homme libre et partie prenante d’une société autonome.

(image)
« Non au cheptel ! »
(Dédé, ovin rebelle)

L’uniformisation à marche forcée, c’est l’appauvrissement à marche forcée : la monoculture intensive a entrainé l’appauvrissement de la diversité de la production végétale et animale, l’appauvrissement biologique des sols (jusqu’à leur stérilisation), l’appauvrissement du tissu paysan… La concentration des capitaux a appauvri le tissu entrepreneurial jusqu’à le réduire à un semi-désert parsemé de quelques grandes multinationales. Le centralisme politique (tel que le jacobinisme en France) a appauvri les originalités, les vitalités et les autonomies locales… Or la vitalité d’un peuple n’est pérenne que si elle est intégrale, sur toute l’échelle du territoire, du local au global.

Un centralisme commence souvent par une période de grand dynamisme, car il exploite et fédère la dynamique issue de la diversité qui lui préexistait. Mais passé cet état de grâce, progressivement, privée de l’autonomie locale qui en était le moteur, cette dynamique s’épuise et décline, et l’ensemble du territoire s’appauvrit.

Nos peuples européens sont en recul permanent sur bien des plans. Après avoir été elle-même colonisatrice ces derniers siècles, l’Europe subit depuis plusieurs décennies une colonisation multiforme qui ne dit pas son nom. Les excès de la mondialisation (délocalisation massive des activités et des hommes), l’affrontement de vieilles religions issues de vieilles emprises et la déconnexion du peuple de ses « élites » spirituelles, politiques et médiatiques rendent nécessaire la relocalisation de la démocratie. Ne nous laissons plus conduire à petit pas, par des marchands de mirages, vers des sables mouvants voués à nous ensevelir : fixons nous-mêmes notre cap. Pour cela redécouvrons qui nous sommes. Retrouvons notre essence, nos héritages authentiques. Ressourçons, révélons et reformulons ce qui nous fonde profondément, notre culture, nos valeurs, notre spiritualité.

Annexes



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