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Dédé
Avec l'aimable participation de Dédé, ovin sorti du troupeau
Philo
Demos


Le mot « démocratie » est si galvaudé de nos jours qu’il n’est pas inutile de rappeler son sens étymologique de « pouvoir du peuple ». Adhérer à ce principe, c’est postuler que le peuple est capable de se prendre en charge et de décider de son destin. C’est donc conférer au peuple une personnalité, et ne pas le réduire à une « masse ». Un peuple est-il un simple agrégat indifférencié d’individus travaillant et consommant dans un vaste système économique, une masse que « du pain et des jeux » suffisent à combler, et qu’il suffit aux élites de bien traiter, comme un bon éleveur son cheptel ? Ou est-ce une population douée d’une « conscience de soi » émergée d’un caractère, d’une culture spécifique et d’une autonomie longuement façonnés par la géographie et l’histoire ? Le mondialiste et l’humaniste auront chacun leur réponse. Être réellement démocrate, c’est commencer par se faire une haute idée de ce qu’est un peuple.

Un peuple ne peut être souverain que s’il présente une individualité, et donc une unicité naturelle. C’est sa cohésion culturelle qui la lui confère. Cette cohésion découle du code culturel commun que la population s’est lentement forgée au fil des siècles pour vivre ensemble sur le territoire commun. Jadis, divers peuples semi nomades, culturellement bien différenciés, pouvaient se côtoyer sur les mêmes espaces géographiques. Mais aujourd’hui, l’organisation des sociétés modernes reposant massivement sur la sédentarité (terres agricoles, sites industriels, grandes zones urbanisées…), la gestion des territoires est nécessairement cohésive. Un peuple hautement sédentaire ne peut donc être légitimement souverain que s’il est cimenté par un code culturel commun qu’il exerce de plein droit sur le territoire qui lui est dévolu. Ainsi, un peuple n’est pas une vue de l’esprit ou une construction intellectuelle : il ne se décrète pas. Sa prégnance naturelle s’ancre au contraire dans les grands bassins géographiques et la longue histoire des hommes.

Un peuple est une population qui vit ensemble. Cette vie commune s’inscrit nécessairement sur un territoire. On ne peut donc pas dissocier un peuple de son bassin géographique. D’autre part, un peuple s’enracine très loin dans l’histoire. Quelque peu désuète, la présentation historique traditionnelle est axée sur les dominations et découpe l’histoire d’un peuple en ères politiques et religieuses distinctes qui se succèdent, chacune d’entre elles faisant disparaitre la précédente. Or, sauf catastrophe (telle qu’un quasi remplacement de population), le peuple traverse continument l’histoire à travers ses ères successives. Ce point de vue axé sur les peuples décrit une continuité historique, avec un tronc racinaire qui se perd dans la nuit des temps, et des racines afférentes à ce tronc (issues de conquérants ou d’immigrants) qui viennent amender plus ou moins fortement la culture locale. Les nouveaux arrivants entrent dans un lent processus de fusion avec le peuple et d’affiliation à sa longue histoire, tout en apportant leur propre contribution culturelle. L’arrivant et l’autochtone y trouvent tous deux un regain de vitalité (en effet, pour un peuple comme pour un être vivant, l’altérité est structurante… tant qu’elle n’est pas destructive). Ces influences extérieures, provenant d’autres peuples, restent prégnantes sur la très longue durée historique. Le peuple étant issu d’amendements successifs remontant à des temps immémoriaux, sa structure est donc composite et complexe. Ses éléments cohésifs le renforcent, tandis que la part non assimilée de ses anciens apports finit par être éjectée, qu’elle soit d’ordre politique, culturel ou religieux, même à très long terme. L’amendement culturel des peuples provient également largement de leur simple acculturation mutuelle, via le commerce et la circulation des cultures, des techniques et des idées.

On peut illustrer cette dynamique historique (qui affecte tous les peuples) par l’exemple français : nos connaissances font émerger du néolithique les ligures et leur socle culturel. Plus tard, les celtes font la conquête du territoire et s’assimilent culturellement et spirituellement, tout en apportant certains particularismes. Les ligures deviennent gaulois. Puis la conquête romaine induit l’amendement romain sur le territoire devenu gallo-romain. Vient ensuite la conquête franque, elle aussi assimilée par le peuple que l’on dit désormais « français ». Mais un millénaire plus tard, alors qu’on aurait pu croire l’épisode franc définitivement digéré, le peuple français se débarrasse violemment de ce qui reste de filiation politique exogène : la classe aristocratique. De même, après avoir longuement assimilé le christianisme au socle spirituel païen issu du druidisme (lui-même syncrétique de l’animisme ligure), le peuple français est en voie d’expulser ce qu’il en reste de filiation exogène, en ne se reconnaissant plus dans l’Église romaine désormais désertée, ni même dans la filiation originelle de cette religion. La France n’est ni celte ni romaine ni franque, ni druidique ni chrétienne ni matérialiste, elle est le peuple immémorial de son territoire naturel. Elle s’est nourrie de tous ces apports mais son essence précède tous ces épisodes. Elle est faite de tout ce qu’elle a assimilé depuis le fond des âges, et n’est faite que de cela.

Annexes



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